Déesse de la fécondité



Déesse de la fécondité, Goddess of fecundity, © L. Gigout, 2012
Déesse de la fécondité, sacred statuette. Gold, camel dung. Discovered in the Arakoa cirque, Niger, 2001. 10x7x5 cm. Photo L. Gigout.


Dans cette statuette se trouvent rassemblés le minéral, le végétal et l’animal, trinité primordiale liée par un pneuma qui en constitue le souffle transcendantal.

Le minéral, c’est le désert, symbole de la Terre originelle, dont la beauté fascine par sa force et son dépouillement. La marche dans le désert est comparable à un pèlerinage vers les sources, les racines. C’est la dimension sacrée de l’œuvre.

Le végétal, c’est les coloquintes minuscules (alkhad en langue tamahaq), les euphorbes (torha), l’armoise (téharaggalé) et l’acacia (ahtes). Ces plantes poussent sur les dunes de sable. C’est la dimension féconde de l’œuvre.

L’animal, c’est le dromadaire, le "vaisseau du désert", connu pour sa sobriété et sa majesté. Il est la dimension gastro-intestinale de l’œuvre.

L’or a été ajouté afin de souligner le caractère inoxydable de l’œuvre et de mettre en évidence la thématique de la fécondité car nous nous sommes souvenus que chez les Égyptiens l’or était associé aux sources de vie.

Analyse de l’œuvre

Baptisée Déesse de la fécondité par son inventeur, cette statuette unique en son genre pourrait tout aussi bien s’intituler Le Bouddha méditant. La frontalité hiératique de ce corps puissant esquissé renvoie à la fois à la féminité accomplie et à la méditation repue de l’Éveillé au temps de l’empereur indien Ashoka. La bienveillance figure ici le point nodal de l’œuvre, la croisée des chemins entre le fixe et le mouvement. Ici, la jointure semble nous dire que l’art n’éclot véritablement que dans le mouvement d’un désir ambivalent.

Humez comme de cette œuvre se dégage un parfum matriciel ! Fixer le courant alternatif oscillant entre le désir du toucher et du sentir et la nécessité de la distance, entre la naissance du mouvement et la nostalgie de l’immobilité, semble avoir été le credo de l’invraisemblable intention qui a conduit à un tel aboutissement. Rien dans cette statuette dont l’apparence nous semble de prime abord accidentelle n’est pourtant placé au hasard. Tout en elle est construction. L’alternance des formes crée des combinaisons harmonieuses, presque métaphysiques, qui rappellent celles des civilisations immémoriales et renforcent les potentialités expressives.

La lumière captée par les rotondités souligne le croisement des lignes, sources d’énergie, qui semblent tendre vers un point philosophal situé au delà de la perception sensorielle. Elle rayonne tel un élan à la portée de celui qui saura percevoir les signes, leur fonctionnement, leur résonance intérieure. C’est aussi l’exploration d’un corps qui, chargé de sens, s’affirme dans les tensions, les torsions, les apparitions, les disparitions et jusque dans ses
mystérieuses métamorphoses.

Le regardeur est guidé au fil des traits dans une méditation silencieuse. « Le sensible, ce ne sont pas seulement les choses, c’est aussi tout ce qui s’y dessine, même en creux, tout ce qui y laisse sa trace, tout ce qui y figure, même à titre d’écart et comme une certaine absence. » (Merleau-Ponty, « Le philosophe et son ombre » in Signes.)

Agat de Booz, janvier 2012



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