Hôtel Sahara
À vous narrer l’exploit qui un soir s’opéra, exquises libellules, en ma sobre cellule de l’hôtel Sahara faut-il que je m’emploie ? De vous froisser, j’ai frousse. Mais fi des ratichons à la petite semaine lorgnant nature humaine avec œil de cochon. Et honni soit qui glousse !
« Bonsoir. Je m’appelle Doris.
– Bonsoir. Que voulez-vous ?
– Je viens passer un moment avec toi.
– C’est gentil à vous. Mais il ne faut pas m’en vouloir, j’ai quelques petits problèmes ce soir. Cela ne va pas être possible. Et puis il fait trop chaud, vous comprenez ? »
Elle est petite, formes attendrissantes. Ses cheveux luisent.
« Trop chaud ? Vous voulez prendre une douche ? »
Son visage où la sueur a collé quelques mèches est d’une diabolique beauté.
« Ne pourrions-nous pas simplement parler ? »
Assise sur le bord du lit, elle me regarde, la langue sur ses lèvres trop rouges. Elle pose sa main sur mon genou, remonte le long de ma cuisse.
Je demande : « Vous aimez faire l’amour ?
– Je suis faite pour ça, dit-elle. Ça m’entre profond dans la peau. Et puis il n’y a que ça, non ? On naît, on vit, on meurt. Il faut bien faire l’amour, sinon à quoi ça sert ? »
Coïto ergo sum. Quelques vers d’une romance de Lorca : « Ouvre entre mes doigts anciens / La rose bleue de ton ventre. » Elle ramène son corsage sous les aisselles.
« Tu vois comme ils sont beaux ? Tu peux toucher. J’aimerais te faire jouir. Je ferai tout ce que tu voudras. »
Ses doigts cherchent la fermeture de ma braguette.
« Oh ! qu’est-ce que je sens ? dit-elle. Allons, montre ta tête, petit serpent ! »
Sa langue tendre et agile dans le vide.
« Devine ? J’ai une culotte ou je n’en ai pas ? Tu veux que je me déshabille ? Viens. Prends-moi dans tes bras, serre-moi fort, embrasse-moi. J’ai des préservatifs. Avec ça, on peut faire l’amour.
– Non. »
Sa bouche est lourde de salive.
« Je mouille. Touche... »
Je demeure imperturbable.
« Tu n’aimes pas faire l’amour ? Avec moi, tu n’es pas obligé de payer. Je ne te plais pas ?
– Ce n’est pas la question.
– Bon. Tu me donnes des médicaments ? »
Je lui donne une pommade cicatrisante et des aspirines.
« Je reviendrai te voir demain. Tu veux bien ? »
Pénombre moite de la chambre.
Agadez, mars 1991
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