Le 02/09 à 8 heures du matin, alors que nous attendons le bus 91 pour la gare Montparnasse, je suis atteint d'une courte aphasie. Incapacité à formuler une réponse à une question de Isha. Panique, Urgences à Saint-Antoine, IRM. Une tumeur cérébrale maligne est en train de se développer. Hospitalisation à la Fondation Rothschild. Biopsie. Diagnostic : gliome. Un mot qui fait peur quand on consulte internet. Quelques jours plus tard, quand ma fille arrive tôt à la maison avec des croissants, nouvelle crise. Impossible de lui dire bonjour. Urgences à la Pitié Salpêtrière. J'ai l'impression que je suis en train de me déliter. Quatre jour à attendre avant d'être admis à Saint-Louis où je reste hospitalisé avant la mise en place de l'hospitalisation à domicile. Le protocole de traitement est le suivant en trois temps. Phase initiale de 6 semaines avec radiothérapie et chimio (Témodal), une phase d'interruption de quatre semaines, une phase de fond avec Témodal (5 jours par mois pendant 6 mois). Bilans sanguins réguliers et IRM tous les deux mois.
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22/08/2019
Dilemme un peu flou à Bayonne ou quand une grande chaine américaine d’actualité en direct interviewe une commerçante de Bayonne. (D'après transcription de l'enregistrement.)
– Vous pensez quoi du G7 à Biarritz ?
– Comment allons-nous travailler ? Si on ferme, les touristes, on les aura pas, si on ouvre, avec tout ce qui se passe autour, ils vont pas venir non plus. Il y a un flou. On sait pas trop.
– Quelles sont les craintes des commerçants ?
– La crainte sur Bayonne est plus impactée que sur Biarritz. Biarritz va être très protégée. On a eu des réunions d'information mais on se dit que Biarritz va être tellement protégée que nous, à Bayonne, comment ça va se passer ? Est-ce qu'on reste ouvert, est-ce qu'on va fermer ? Si on ferme, on aura personne, si on ouvre, avec tout le dispositif, on aura personne non plus. Les touristes vont pas sortir.
– Vous avez peur de la violence ?
– Ce que les commerçants ont peur, c'est surtout les Blacks Birds [sic], l'affrontement avec les forces de police. Il y a un flou. Certains commerçants ont barricadé les vitrines. C'est pas joli pour la ville mais on est obligé de le faire car il y a un flou. Les commerçants ont peur et ils sont mécontents.
– En plus, c'est la pleine saison...
– C'est ça, c'est notre meilleur mois de l'année et on nous a pas demandé notre avis. C'est vrai que ça va être très bien, les répercussions vont être bonnes, mais en attendant, on a déjà eu les Gilets jaunes qui nous ont impactés et aujourd'hui on a le G7.
– Il y a déjà des commerçants qui ont fermé ?
– Oui, on a commencé à barricader un peu partout. Mais les commerçants attendent la dernière minute. Au jour le jour. On attend. On dit qu'est-ce qu'on va faire ? Et-ce qu'on reste ouvert ou est-ce qu'on ferme ? Il y a un flou. C'est pas joli pour l'image de la ville.
– Mais vous allez recevoir les dirigeants du monde...
– Ah oui, on va parler de nous, on est très content qu'on parle de la région, il va faire très beau, donc ça va être très bien pour nous. Mais aujourd'hui on vit au jour le jour. La conjoncture est difficile.
– Okay, merci beaucoup madame. Jim, remove the lapel-mic of the lady. We go.
– Vous savez, on va avoir du dédommagement. Ils vont prendre trois jours de référence par rapport à l'année dernière. Mais il faut attendre l'année d'après, c'est pas dans l'immédiat.
Les examens complémentaires dans le cadre de mon check up ont conclu à une lésion asymptomatique. Mais depuis début août je ressens des picotements gênants dans la main droite. Les médecins consultés ont dit qu'il n'y avait rien d'inquiétant. Début septembre, je pars en Bretagne pour une semaine visiter des amis.
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Juin 2019
J'ai passé une IRM à la Fondation Rothschild suite à ma demande de checkup à l'approche de mes 70 balais. Deux petites taches au cerveau ont été détectées. Des taches de rien du tout. Je minimise.
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20/03/2019
Quand je touche la radiale qui pulse à mon poignet je peux la sentir battre, rythmer ma vie à sa houle délicate. Quand mon bonheur s’éteint, c’est là que mes yeux se posent, sur cet surface infime où l’ombre varie avec la régularité d’un métronome. Khlebnikov prétend que le rapport entre la durée de la pulsation cardiaque d’une femme et celle de la pulsation de la corde de LA est le même que le rapport entre l’année et la durée d’un jour et d’une nuit.
15/03/2019
Bientôt les élections européennes. En ces temps de domination lepeno-macronienne dans les sondages, la Gauche n'a jamais été aussi atomisée. Une demi douzaine de listes sont sur les rangs. Et voilà t'y pas qu'un bobo fils de son papa philosophe (qui est l'exemple éclatant de ceux qui sont passés du col mao au Rotary (cf Hocquenghem), mais admettons que cela n'ait rien à voir) vient de décider de créer une nouvelle liste pour... lutter l'éparpillement des listes à gauche !
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01/03/2019
Il paraît que c'est la journée mondiale du compliment. Aussi, comme je sais que personne ne le fera, je me complimente moi-même pour mon caractère doux et sociable et pour ma modestie.
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28/02/2019
Dernier jour de février. Yves Db. enlève les pots dans la cour. Je vais le voir. « Dites-donc, vous ne manquez pas de culot de rentrer dans la cour avec votre camionnette. Vous savez ce que dit le règlement à ce sujet ? » Ma plaisanterie ne le fait pas rire.
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13/02/2019
L’assemblée générale extraordinaire convoquée par le syndic à donc eu lieu lundi à 17h. Elle faisait suite à la demande de Yves Db., propriétaire d’un l’appartement du rez-de-chaussée sur cour et compagnon de Sophie Dp. qui est à l’origine du scandale dont il devait être débattu. Voir ici. Car c’est elle qui, peu après son emménagement avec Yves Db., a installé des grands pots de plantes vertes dans une partie de la cour pour donner une illusion de jardin derrière ses fenêtres. Elle n’avait demandé d'autorisation à personne et m’en avait parlé, à moi, à titre informatif, car j’occupais l’appartement juste au dessus du sien. Je connaissais par ailleurs Yves, un artisan qui avait fait quelques travaux chez moi à prix de voisins. Elle avait disposé une dizaine de pots, avec des arbustes qui prirent très vite une belle ampleur. Elle s’en occupait avec constance et personne n’y trouvait à redire car personne ne se souciait d'un règlement de copropriété qui datait de l'Affaire Dreyfus, d’autant plus qu’il y avait déjà de la végétation, certes moins luxuriante, avant son arrivée, jusqu’à de ce que l’affiche en gros caractères noirs apparut. J’appris que le copropriétaire à l’origine de celle-ci était Omar K., un jeune homme récemment installé qui habitait dans le même bloc que moi et que j'avais classé dans la catégorie des pète-sec ascendance opiniâtre. Dans sa tentative de me rallier à sa cause, il m’avait expliqué que Sophie Dp. lui avait un jour fait une remarque au sujet de sa voiture garée pour quelques minutes dans la cour, ce qui était contraire au règlement, avait-elle argué, alors que Yves Db. en faisait parfois autant avec sa fourgonnette autrement plus encombrante. Je lui avais répondu que j'étais, pour des raisons personnelles, du côté de la nature, et, depuis, il ne m'adressait plus la parole. Les mois étaient passés et Omar, assisté par un juriste, avait multiplié les interventions auprès du syndic qui nous faisait à son tour parvenir des documents au ton de jour en jour plus comminatoires. Le règlement de copropriété stipulait que les copropriétaires ne devaient en aucun cas entreposer des objets personnels dans les parties communes. Yves Db. et Sophie Dp. décidèrent de faire modifier le règlement. Il fallait pour ça une assemblée extraordinaire et un quorum de tantièmes dont sont détenteurs les copropriétaires présents physiquement au moment du vote ou par le biais d'un pouvoir. Sophie Dp. s’était assurée quelques jours avant de ma présence, me disant que ça allait être serré.
Je suis arrivé à l’heure pile pour éviter d’avoir à prendre part aux bavardages d’avant l’heure. Une quinzaine de personnes étaient présentes. Les sièges de devant étant pris, je me suis installé au fond, à côté d’un personnage singulier, propriétaire d’un local délabré qui lui sert de débarras, dont Sophie Dp. m’avait dit qu’il était fou et qu'Omar K. l’avait mis dans sa poche. Effectivement, la conduite de ce monsieur m’a paru fort étrange tout au long de la réunion. Il était le seul parmi les présents à partager avec Omar K. ce délire associant haine des plantes vertes et passion des règlements. Alors que le syndic procédait à ses comptages et recomptages de tantièmes, il vociférait de manière incompréhensible en s’agitant sur son siège. Le syndic réclama le silence. « Il n’y a pas le quorum, prononça-t-il avec gravité. Par conséquent le vote ne peut avoir lieu. » Il y eut un brouhaha de protestations, sans tapage excessif, ce qui laissait supposé que les principaux concernés devaient s’y attendre. « La demande formulée reste donc recevable. Les plantes doivent être retirées. » Omar K. avait l'expression satisfaite et sans outrance du justicier victorieux.
Omar K. (sobrement en haussant les épaules) : C'est le règlement.
Sophie Dp. : Mais enfin, ce sont mes plantes ! Personne ne peut me les prendre.
Omar K. : Et les abeilles ? Elles sont aussi à vous les abeilles ?
Le propriétaire fou : Hin hin hin, ratiboisées, les abeilles !
Un copropriétaire : C’est incroyable ! Il y a toujours eu des plantes dans cette cour.
Sophie Dp. : Et on ne sait toujours pas qui est la personne anonyme qui a mis l’affiche. Ce n’est pas normal, ça, enfin.
Omar K. : Moi je la connais bien.
Sophie Dp. : Vous avez de la chance.
Omar K. : Et puis vous n’avez rien à dire car vous n’êtes pas propriétaire. C’est Monsieur Db., pas vous. Pourquoi il parle pas, monsieur Db. ? Pourquoi c’est toujours madame Dp. qui prend la parole ?
Yves Db. (timidement) : C'est-à-dire que...
Le propriétaire fou : Les plantes, zou, dehors. Pas besoins de discuter.
Omar K. : Et pourquoi elle vient aux réunions du conseil syndical alors qu’elle est pas propriétaire ?
Sophie Dp. : Je représente monsieur Db.
Omar K. : C’est la mafia.
Sophie Dp. (se levant) : Mafia ? Attention à ce que vous dites, hein.
Omar K. : Et vous vous croyez tout permis avec votre véhicule ? Regardez ça.
Omar K. exhibe alors deux feuilles A4 sur lesquelles il a imprimé la photo d’un véhicule utilitaire stationnant devant la porte de l’immeuble.
Omar K. : Ces deux photos ont été prises l’une à 20 h, l’autre à 4 h. C’est bien votre véhicule, monsieur Db. ?
Yves Db. : On dirait.
Un copropriétaire : Décidément, il est obsédé, lui. Il se prend pour la police.
Sophie Dp. : Félicitations, monsieur K., vous faites de très belles photos.
Omar K. : Vous stationniez devant la porte, sur le bateau.
Sophie Dp. : Vraiment, ces photos sont très belles.
Un copropriétaire : C’est n’importe quoi, cette réunion. Quel rapport ces photos avec les plantes ? Je m’en vais.
Tout le monde se met alors à parler en même temps. On entend le mot "Gestapo".
Un copropriétaire : Je demande la parole !
Le Syndic : Un peu de silence, s’il vous plait. Allez-y.
Un copropriétaire : Avant qu’on atteigne le point Godwin il faudrait voir ce qu’on peut faire.
Le propriétaire fou : Le point quoi ?
Le copropriétaire : Godwin. Laissez tomber. Je suggère que madame Dp. fasse amende honorable et s’excuse pour avoir mis les plantes sans autorisation. Monsieur K. parle du règlement mais il faut être un peu souple sinon c’est invivable. Et puis, comme ça a été dit, des plantes il y en avait avant l’arrivée de Madame Dp. et celle de monsieur K. Tout le monde trouvait ça bien car le vert, c'est de la chlorophylle.
Sophie Dp. : Ah mais pardon, j’en avais parlé.
Le propriétaire fou : Parler à mon cul oui ! Un coup de sécateur là-dedans, c'est tout.
Omar K. : Je maintiens ma demande. Il faut appliquer le règlement, point barre.
Le syndic (bien embêté) : En l’absence de quorum, il ne m’est pas possible de prendre en compte la modification du règlement en faveur du maintien des plantes. En conséquence de quoi, les plantes seront retirées dans un délai d’un mois. La séance est levée.
Le lendemain matin, alors que je quitte mon appartement tôt, je tombe sur la gardienne de l'immeuble qui me prend à partie : « Regardez ça ! » dit elle en désignant un grand pot près de son entrée lequel hiberne un rosier. De la terre et des débris végétaux sont répandus autour du pot comme si quelqu’un s’en était pris au malheureux rosier. « Qui a fait ça ? je demande.
‒ C’est elle, répond-elle en désignant l’appartement de Sophie Dp.
‒ Vous l’avez vue ?
‒ Non mais qui voulez-vous que ça soit ?
‒ J’ai ma petite idée. »
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05/02/2019
Alors que je déambulais gentiment place de la Concorde en compagnie de quelques autres promeneurs, je vois s'approcher un groupe de CRS qui jouent à la tortue romaine. J'allais leur lancer un désinvolte « Alors, ça gaze ? » quand je me suis ravisé au dernier moment. Courageux mais pas téméraire, disait déjà mon père.
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04/02/2019
Génération guillemets. Je commence le roman À son image de Jérôme Ferrari, un de mes auteurs favoris du moment, quand je suis arrêté par le mot "toxique". Je me dis tiens, lui qui a un style magnifique est tombé dans le travers d'utiliser un buzzword, un mot à la mode. Manquerait plus que je tombe sur "improbable". Je me souviens quand je commençais l'informatique, nous abusions du mot "transparent". « Comment, tu codes encore en cobol ? ‒ Bah c’est transparent pour ces connards d’utilisateurs ! » "Transversalité" fut mis à toutes les sauces, surtout chez les cadres de l’administration qui s’appliquaient à ne pas en appliquer les principes. Plus récemment, on a vu fleurir "sidération" et "glaçant" souvent utilisés de manière excessive par les journalistes. « Une fois la prise de sang effectuée, l’infirmière remit le prélèvement au laboratoire. Glaçant. » Ou bien ce titre dans l'édition de La Charente libre du 9 octobre 2018 : « Monde: la planète brûle, un rapport glaçant. »1 Bien entendu, la jeune Indienne a succombé à ce tic de langage. Chez elle, c’est le mot "genre" qui revient à tout propos. « Bah, Juliette est gentille mais elle est genre trop bavarde. » "Du coup" est lui-aussi régulièrement employé. Il y a une autre manie qu’elle partage, semble-t-il, avec le restant de l’humanité. Il s’agit d’accompagner la prononciation de certains mots à priori anodins d’un geste ridicule consistant à lever les bras et à recourber deux doigts de chaque main pour mimer des guillemets. « Tu te rends compte ! Huit et demi ! Je la déteste trop. Du coup, il faut absolument que j’en parle avec ma conseillère [geste] pédagogique. »
1 Une des deux citations précédentes est un fake. Trouvez laquelle.
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18/01/2019
Dans le bus 65, vers République, une dame à une autre dame accompagnée de deux petites filles : « Excusez-moi madame, c’est pas très sympa de jeter vos papiers par terre dans l’allée.
‒ J’avais pas d’place pour les mettre.
‒ Devant vos enfants, en plus. »
Une minute plus tard, alors qu’elle descend à l’arrêt avec ses deux fillettes, la dame prise en faute ajoute « Et pis je t’emmerde, connasse ! »
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10/01/2019
Hommage à Franquin. Grosse fatigue après le gratin de pommes de terre et brocolis, je m'allonge sur le divan en chien de fusil, la tête sur ses genoux à elle assise en tailleur à l'indienne, l'ordinateur devant elle, elle tape sur le clavier. La joue contre la peau de son ventre, je suis bien, je somnole. Hélas, du tréfonds de mon inconscient remonte alors dans un soupir freudien le mot malheureux. « Maman... » Elle sursaute aussitôt : « Tu t'en fous de ma gueule ? Ôte-toi de là tout de suite !
‒ M'enfin... »
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04/01/2019
À quelqu'un qui l'interrogeait à propos de ses éventuelles inclinations religieuses, il répondit ceci : « Je suis spinoziste. Je ne crois ni à l'immortalité du corps ni à celle de l'âme après la mort. Je crois à l'immortalité des instants que nous vivons. » Il a dit cela lentement, en faisant des pauses entre chaque phrase car il peinait à respirer. Quelques heures plus tard, il mourait.
Sur son lit de mort, on lui avait posé une mentonnière destinée à maintenir la bouche fermée.
C'était mon meilleur ami. Il s'appelait Philippe. Souvent, il me provoquait et se moquait quand je lui faisais part d'une nouvelle contrariété. C'était un code entre nous, la pratique d'une sorte d'humour de répétition. Son dernier défi aura été d'être inhumé le 24 décembre au Père Lachaise et de contrarier la célébration de la Nativité avec mes filles en Lorraine.
Une mentonnière, il n'aurait pas aimé ça, lui qui avait une sublime éloquence.
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30/11/2018
« – Alors, est-ce que tu fais des prouesses à l'école ? » m'avait un jour demandé mon grand oncle Auguste qui en imposait avec son habit noir de prélat et sa belle voix grave. Prouesse étant un mot que je ne connaissais pas, j'ai répondu par la négative. Aurais-je connu ce mot que ça n'y aurait rien changé.
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23/11/2018
En sortant du petit restaurant vietnamien où nous avons dîné en compagnie de Nath, je scrute longuement la vitrine du Virtus.
« – Il n'est pas là ce soir.
– Oh la la. »
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21/11/2018
Hier soir, visite surprise de Chris, de retour d'un long voyage en Sibérie effectué en auto-stop. Il est arrivé vêtu de son incroyable capote épaisse et bariolée qu'il porte en arpentant les rames du métro où il vend le recueil de poésie qu'il vient de publier à compte d'auteur. Chris est un voyageur poète américain qui loge quand il n'est pas sur la route quelque part en Asie dans une tente plantée dans un terrain vague de la lointaine banlieue Ouest. Genre néo-beat. Il m'offre un exemplaire du recueil bilingue. « C’est Marie qui a fait la traduction » précise-t-il. Marie est son ex très jeune petite amie et j’avais déjà constaté le côté approximatif de ses traductions. Dommage car Chris est un bon poète. Mes craintes se trouvent confirmées quand je vois que le titre original Windows and their Walls a été traduit par Les Fins de notre Jeunesse.
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19/11/2018
‒ J’ai un ongle incarné. ‒ Ah, c'est très bien, répondis-je en ayant mal compris à cause d'une presbyacousie précoce.
‒ Ça fait très mal. ‒ Bah, tu préférerais peut-être un esprit ou un fantôme ?
‒ Tu t’en fous de ma gueule ?
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13/11/2018
#Syndérèse. Pas très joli comme mot. Pourtant Salman Rushdie fait dire à un de ses personnages de La Maison Golden que c'est le plus beau qui soit. Pour Wikipédia, le mot appartient au vocabulaire théologique et désigne la partie la plus élevée de l'âme. D'autres expressions sont aussi utilisées pour désigner la syndérèse comme l'"étincelle de l'âme" (scintilla animae), la "cime de l'âme", la "pointe de l'âme" ou encore l'"étincelle de la conscience". Elle désigne aussi la faculté permettant de reconnaître de manière infaillible le bien. Si le mot n'est pas très joli, j'admets que l'on puisse dire que ce qu'il désigne est beau. Mais quand je vois le monde comme il va, il semblerait que le briquet capable de produire une telle étincelle soit quelque peu défaillant.
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05/11/2018
Strasbourg. Je suis en visite chez ma fille qui vit dans la belle Alsacienne avec sa petite famille. En marchant dans la rue de la Division Leclerc, j'avise un magasin spécialisé dans la voiture miniature des années 70. Hippies the 70's Shop en bon français. Connaissant le goût exlusif de mon petit-fils âgé de deux ans et quelques mois pour les voitures, je lui achète un fourgon VW décoré sobrement de motifs peace and love. Aussitôt arrivé au domicile de ma fille, j'exhibe le véhicule pas peu fier de ma géniale inspiration. Le gamin, après une minutieuse expertise durant laquelle il se montre intéressé par le fait que les portes s'ouvrent et la présence d'une planche de surf sur le toit, accepte le présent sans enthousiasme. Le weekend se passe gentiment et je suis de retour à Paris. En sortant mes affaires de mon sac de voyage, je suis surpris d'y trouver le petit fourgon. Mince alors ! Je téléphone aussitôt à ma fille et nous en venons à la conclusion qu'il ne peut s'agir que de lui. C'est lui qui m'a refourgué en douce le fourgon miniature. Le sacripant l'a sans doute trouvé mal assorti a sa collection de petites voitures sportives aux couleurs acidulées. Quelle époque !
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19/10/2018
« Monsieur Lang ! Quelle surprise de vous rencontrer ici, lui dis-je en lui serrant la main avec emphase. » Il est 23h. Je viens de raccompagner Philippe avec Isha après avoir dîné au Chat Bossu lorsque je me retrouve nez à nez avec le ministre préféré de Mitterrand. « Il y a un très bon restaurant de ce coté-ci, répond-il en souriant. » Il est habillé en noir avec une chemise en soie à col droit. Je le trouve petit mais toujours fringant. Je lui dis que je lui suis très reconnaissant pour les politiques menées du temps de ses mandats. J’aurais dû, penserai-je plus tard, évoquer la première fois où je l’ai vu, quand il était jeune et crâneur, au cours d’une réunion des Amis du Festival de Théâtre de Nancy. Cela aurait fait de nous les complices d’un temps révolu. Je ne me souviens plus de l’année. Fin des années 70 ou début des 80 ? Il n’était pas encore ministre. Qu’étais-je venu faire dans cette réunion d’intellos ? Mais Jack n’a pas le loisir de commencer une discussion avec un inconnu d’un enthousiasme suspect car un taxi arrive qui doit l’emporter vers la place des Vosges. Cet épisode me réjouit à l'excès. Je suis comme un gamin qui vient de voir l’homme qui a vu l’ours. Jack Lang en personne ! Dingue ! « C’est qui ? me demande Isha.
‒ Jack Lang. C’est Jack Lang !
‒ Oui mais c’est qui ? Il ressemble à un singe.
‒ Mais enfin, tu connais pas Jack Lang ? Le créateur du festival universitaire international de Nancy, plusieurs fois ministre avec Mitterrand, actuellement encore président de l’Institut du Monde arabe.
‒ À la façon dont tu lui as parlé, je croyais que c’était un de tes amis.
‒ Oui, oui, c’est un pote. Je crois qu’il est devenu un peu gaga devant la poupée Ken de l’Élysée mais il a fait des trucs vraiment bien quand il était ministre. Tous les hommes de culture l’aimaient bien. »
La rencontre avec l’ex ministre va imprimer sa marque tout au long du weekend. Ainsi, juste avant de m’endormir : « Tu crois qu’il se souviendra de moi ?
‒ Oh la la. »
Le lendemain matin au cours du petit-déjeuner : « Déjà en train de jouer avec ta tablette ?
‒ Je regarde son compte sur Twitter pour voir s’il a mis quelque chose sur notre rencontre.
‒ Oh la la. »
Plus tard, alors que nous passerons en bus devant la place des Vosges. « Qu’est-ce que tu as à te tortiller comme ça ?
‒ Je regarde si je le vois pour lui faire un petit signe.
‒ Oh la la. »
Etc.
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18/10/2018
Nous visitons le Musée de l’Homme. Isha est furieuse du peu de place réservé à l’homo indianus. Incidemment, elle me révèle qu’elle jouait avec des poupées Barbie quand elle était petite. « Cherche pas plus loin » lui dis-je avec indulgence.
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02/10/2018
Dans la vie duraille des chemins de fer, un intervalle de dilatation est un espace laissé vide (jeu) entre deux rails consécutifs. Si les rails étaient jointifs, par temps chaud, le chemin de fer ondulerait, ce qui est peu propice à la circulation des trains. De la même manière dans nos vies, il faut laisser des espaces vides entre les rails du temps pour permettre à nos passions d'étirer le désir (et inversement). Intervalle se traduit par "bardo" en tibétain et désigne les six périodes existentielles, ou états de conscience, que nous traversons tout au long de notre vie. Il y a le bardo de la naissance à la mort, le bardo du rêve, le bardo de la méditation, le bardo du moment de la mort, le bardo de la nature en soi (première partie de la période suivant le décès) et le bardo du devenir (seconde partie de la période postmortem). À ces bardo, à cause des chemins de fer, j'ajoute celui du voyage.
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27/09/2018
Une affiche est apparue dans la cour de la copropriété collée sur la grande porte d'entrée. "Avis. Un propriétaire-résident a disposé des plantes vertes en pot dans la cour. Ces plantes gênent la circulation et entraînent des nuisances (allergies, insectes). D'autre part il s'agit d'une inadmissible privatisation d'une partie commune. Ces plantes doivent être retirées dans les meilleurs délais. Dans le cas contraire, il en sera référé au syndic qui devra faire appliquer le règlement aux frais du propriétaire. Une résidente." Un petit malin a ajouté à la main "CO2, moi j'en veux !"
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25/09/2018
Coup de téléphone de Philippe. « Viens dîner avec nous ce soir. » Pour justifier son invitation, il me dit qu’Annelien sera là. Elle est Hollandaise, elle en a le teint, la couleur de cheveux et la taille. Elle est ravissante et il y a quelques années je rêvais de la séduire mais elle était l’amie d’un élève de Philippe et, lorsqu'il trouvera refuge dans d’autres bras, c’est vers Philippe qu’elle se tournera pour se faire consoler. Elle étudiait les arts et était impressionnée par le professeur de philosophie qui parlait si brillamment des artistes et de leur travail. Il y avait de quoi car Philippe est un génie doté de bienveillance et ses étudiants l’adoraient. Son invitation à diner m'enchante. Annelien était passée chez moi en coup de vent il y a quelques mois et n’avait pas pris la peine de prendre un verre et de répondre à mon invitation à dîner. Elle était devenue une femme robuste mais sa grâce n'avait pas disparu. Elle ne s’était jamais habillée avec élégance, préférant les fringues de récup aux fantaisies à la mode, donnant carrément parfois dans le genre camionneur, et sa chevelure abondante ressemblait encore plus à un maquis que d’habitude. Je les rejoins au restaurant Le Charolais, près de la place d’Aligre. Isha doit terminer un devoir et viendra plus tard. Philippe est de belle humeur, sans doute est-ce l’effet de la présence d’Annelien. La jeune femme m’embrasse avec chaleur. Elle nous parle de sa vie. Elle loue une propriété paysanne en Corrèze, aux abords d’un bourg, où elle vit avec deux chiens. Elle jardine un peu et sillonne la France avec son camion bourré de vieilleries. Elle est devenue brocanteuse et avoue s’ennuyer dans ce département dépeuplé. Je la regarde. Elle est toujours séduisante et a gardé une sorte de fraicheur soulignée par son accent charmant et le timbre de sa voix haut perchée. Je pourrais aller lui rendre visite dans son jardin corrézien. Mais les chiens, beurk. Après qu’Isha nous a rejoints, elles discutent toutes les deux avec enthousiasme. À mon grand étonnement, la jeune Indienne si difficile dans ses accointances apprécie la rustique hollandaise. Mais venons-en à l’incident cocasse qui vaut la narration de ce dîner. Annelien, d’un geste maladroit, renverse son verre de vin et quelques filets écarlates sont projetés sur le costume bien repassé et de couleur beige foncé de Philippe. Il a un haut-le-cœur et laisse échapper un « Oh ! » fâché. S’écartant vivement de la table, il examine les dégâts et extrait nerveusement quelques pincées de sel de la salière afin d’en saupoudrer la tache. Il dit en rageant « Ah, ça recommence ! Il faut toujours que quelqu’un renverse son verre de vin sur mon costume. » Annelien, gênée, s’excuse. « Non mais ce n’est pas la peine. C’est toujours comme ça. Je suis assis, je me tiens correctement, et on renverse son verre sur mon costume. Déjà Nathalie à son mariage, le jour de mon arrivée. Elle était debout devant moi avec son verre à la main et ça n’a pas raté. Elle a renversé son verre sur mon costume. Je n’avais que celui-là. » Annelien, sincèrement désolée, esquisse quelques gestes maladroits pour faire semblant de l’aider à extraire le sel de la salière. Je ris. « Le sel, ça ne sert à rien d’autre qu’à fixer la couleur. » C’est une contre-vérité qui a pour effet de l’exaspérer davantage. Isha, gênée, ne sait que dire. Je demande « Comment ça, toujours comme ça ?
‒ Et bien, c’est pas difficile, répond-il. À chaque fois que je suis avec une fille qui boit du vin, elle s’arrange pour renverser son verre sur mon costume.
‒ À chaque fois ?
‒ Oui. »
C’est trop drôle et je m’étrangle de rire, ce qui a pour effet de l'affliger considérablement. Il faudra plusieurs minutes pour que tout le monde retrouve son calme. De quoi parlions-nous déjà ? Ah oui, de Spinoza et du désir qui constitue l’essence de chacune de nos actions, calculées ou accidentelles.
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22/09/2018.
C’est l’automne. Enfin presque car il est en annoncé pour 3h54 cette nuit à cause de l’axe de rotation de la Terre qui n’est pas circulaire et du calendrier grégorien qui compte 365 jours au lieu de 365 jours 5h 48min et 45s. Nous avons profité de ces dernières heures d’été pour procéder à quelques échanges buccaux qui ont permis à plusieurs dizaines de milliers de bactéries de migrer en toute simplicité.
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06/09/2018
Il me revient ce matin, sans raison décelée, cet épisode de ma vie professionnelle alors que je recevais dans le cadre d'un groupe de travail des commerciaux d'une boîte de vente de progiciels de cartographie. Ils avaient conçu un outil destiné à publier des cartes sur internet. Il y avait le directeur de la filiale française car nous étions de bons clients, accompagné de deux techniciens. De notre côté nous étions cinq ou six. En tant que chef de projet SIG, j'animais la réunion. Ils avaient nommé leur outil, dont ils n'étaient pas peu fiers, Push'n'See car il permettait de passer directement du logiciel de cartographie au serveur internet et le résultat était visible aussitôt sans autre intervention. Par ailleurs, tout le microcosme des techniciens de l'informatique se gargarisait à l'époque de "pushing", comme il l'avait fait auparavant avec le "datamining" et le "wysiwyg". Push'n'See, autrement dit "Push and see". Je ne suis pas familier de l'anglais et la gaffe, franchement, je ne l'avais pas vu venir.
‒ Très intéressant, avais-je formulé à l'issue de la présentation. Je vous propose que nous fassions un tour de table afin que tous puissent s'exprimer au sujet de votre... euh... Pus'n'Shee... J'avais à peine fini ma phrase que je m'étais aperçu de ma bourde. J'étais bien sûr devenu tout rouge en tentant de m'excuser maladroitement. Tout le monde s'était mis à rire, où plutôt à pouffer d'un air gêné car les commerciaux ne trouvaient pas ça drôle du tout. Plus tard, ils changeront le nom de leur outil pour l'appeler Stratus, ce qui est très immodeste mais moins risqué.
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11/08/2018
‒ Tu connais Arundhati Roy ? Cette Indienne a une très belle plume.
‒ Aussi belle que celle de Sitting Bull ?
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31/07/2018
‒ Je n’arrive pas à trouver le sommeil.
‒ Compte les moutons.
‒ Fuck you.
La réponse me laisse dubitatif. Je n’arrive décidément pas à m’habituer à son langage. Mais quand je trouve sous la plume d’Arundhati Roy* cette expression "maader chod behen chod maa ki choot behen ka laudo" utilisée pour qualifier la Delhi Police Special (nique-ta-mère-nique-ta-sœur-con-de-ta-mère-bite-de-ta-sœur), je me dis que je ne m’en suis pas trop mal tiré pour cette fois.
* Le Ministère du Bonheur Suprême est le deuxième livre de fiction d’Arundhati Roy et il est génial ! Avec son style enjoué et lumineux, la lauréate du Booker Prize en 1997 décrit avec tendresse et drôlerie des personnages hors du commun qui évoluent dans une société indienne en proie à ses passions tumultueuses.
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21/07/2018
"Une œuvre inoubliable", "une merveille d’amour et d’humanité", "un thriller haletant à couper le souffle", "un magnifique exercice d'équilibriste", "que du bonheur à la recherche du temps gagné", "mêlant érudition et imagination, ce roman palpitant...", "un chef d’œuvre magnifié par une traduction qui laisse pantois d’admiration"... Difficile de faire un choix à la lecture des notices des éditeurs sur la quatrième de couverture des "Livres pour l'été".
J'en feuillette un au hasard et je tombe sur cet extrait : "Le seul savoir juste est celui qui reconnaît que nous savons seulement ce qui condescend à se montrer". Platon avait déjà dit la même chose il y a plus de deux millénaires. On peut pas dire que ça nous rajeunisse.
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20/07/2018
Via Messenger :
‒ Tu me manques trop.
‒ Tu me manques aussi, surtout quand tu n'es pas là.
‒ ...
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06/06/2018
Alors que nous sommes sur la Place d’Armes à l’entrée du MUCEM à Marseille, une mouette, sans doute alléchée par l’odeur résiduelle des gambas dont la jeune Indienne s'était régalée à midi, ou bien inspirée par le grand chapeau destiné à protéger du soleil son visage pour qu’il ne brunisse pas davantage, a la fâcheuse idée de lâcher à sa verticale une belle fiente bien poisseuse. Chapeau et corsages sont maculés. Évidement, je m’esclaffe. Elle, on s’en doute, ne trouve pas ça drôle du tout. Passé un bref moment de stupeur, elle se met à hurler le visage congestionner par la colère « Phoohad! main tumhen maarane ja raha hoon! » pour le volatile et « Et toi, ferme ta méchante bouche ! » pour moi. Je ris de plus belle. Elle tourne le dos et se dirige à pas rapides en quête de toilettes.
Quelques jours plus tard, je feuillette avec elle le livre qu'elle vient d'acheter. Les Fleurs du mal, de Baudelaire. C'est quoi un albatros ? elle me demande. Je lui explique non sans une pointe de malice que c'est comme une mouette mais en plus grand. « Que son caca de géant t'engloutisse ! » me lance-t-elle, courroucée.
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12/05/2018
Elle vient de voir une vidéo sur YouTube d’un certain Shashi Tharoor, politicien et écrivain indien, dans laquelle il raconte comment le colonialisme anglais à détruit l’Inde.
« Il parle de Gandhi, me souffle-t-elle. Il dit que quand il a fait sa grève de la faim, les Anglais ne savaient pas comment réagir. Pareil quand il faisait quelque chose genre illégal. Ils le mettaient en prison puis le relâchaient quelque jours après. Il dit que si ça avait été Hitler ou Trump, ils auraient dit "Il peut bien crever, on en a rien à foutre".
‒ Nous aussi, on a fait grève de la faim dans le lycée où j’étais interne en mai 68. On boycottait la cantine. Les externes nous amenaient des sandwiches en douce. Peut-être Gandhi, il mangeait des parathas en douce.
‒ Tais-toi ! C’était notre "Grande Âme".
‒ Pardonne-moi. L’inde est la patrie de la non-violence et de la sobriété même si ce n’est pas très évident quand on est sur place.
‒ Gandhi a fait la Marche du Sel habillé d’un simple pagne. Aujourd’hui, les gens préfèrent courir dans les centres commerciaux pour acheter des fringues.
‒ Les gens... Tu peux me dire combien de pulls tu as dans ta valise ?
‒ Je ne suis pas comme toi ! Tu as vu ton tee-shirt ? Il sent mauvais, il est tout pourri et il y a un trou là sous le bras.
‒ Il n’est pas pourri du tout. Je l’ai acheté comme ça et payé assez cher car c’est de la marque. Le trou, c’est juste pour l’aération. »
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10/05/2018
Une expression qu’elle affectionne : « Tu t'en fous de ma gueule ? » en détachant bien chaque syllabe. Exemple.
Elle : « Je veux m’acheter un bikini.
‒ Pourquoi tu veux un bikini ? Tu n’aimes pas te mettre au soleil et tu ne sais pas nager.
‒ Je sais nager ! Mon père m’a appris.
‒ Ton père ? Ça m’étonnerait qu’il sache nager.
‒ Et pourquoi ? Mon père travaille sur un bateau. Il connait la mer.
‒ Justement. C’est bien connu que les marins ne savent pas nager. C’est la raison pour laquelle ils sont sur un bateau.
‒ Tu t'en fous de ma gueule ? »
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01/01/2018
Une étoile dans le regard
Ils comptent leurs moutons
Pour ne pas s’endormir
Les bergers



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